Capital et idéologie

Thomas Piketty
Niveau: avancé
Éditeur: Éditions du Seuil
Perspective: Économie politique marxiste, Autre
Sujet: Capitalisme, histoire de la pensée économique, inégalité
nombre de pages: 1197 pages

texte de présentation

Toutes les sociétés humaines ont besoin de justifier leurs inégalités : il faut leur trouver des raisons, faute de quoi c'est l'ensemble de l'édifice politique et social qui menace de s'effondrer. Les idéologies du passé, si on les étudie de près, ne sont à cet égard pas toujours plus folles que celles du présent. C'est en montrant la multiplicité des trajectoires et des bifurcations possibles que l'on peut interroger les fondements de nos propres institutions et envisager les conditions de leur transformation. À partir de données comparatives d'une ampleur et d'une profondeur inédites, ce livre retrace dans une perspective tout à la fois économique, sociale, intellectuelle et politique l'histoire et le devenir des régimes inégalitaires, depuis les sociétés trifonctionnelles et esclavagistes anciennes jusqu'aux sociétés postcoloniales et hypercapitalistes modernes, en passant par les sociétés propriétaristes, coloniales, communistes et sociales-démocrates. À l'encontre du récit hyperinégalitaire qui s'est imposé depuis les années 1980-1990, il montre que c'est le combat pour l'égalité et l'éducation, et non pas la sacralisation de la propriété, qui a permis le développement économique et le progrès humain. En s'appuyant sur les leçons de l'histoire globale, il est possible de rompre avec le fatalisme qui nourrit les dérives identitaires actuelles et d'imaginer un socialisme participatif pour le XXIe siècle : un nouvel horizon égalitaire à visée universelle, une nouvelle idéologie de l'égalité, de la propriété sociale, de l'éducation et du partage des savoirs et des pouvoirs. Directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales et professeur à l'École d'économie de Paris, Thomas Piketty est l'auteur du Capital au XXIe siècle (2013), traduit en 40 langues et vendu à plus de 2,5 millions d'exemplaires, dont le présent livre est le prolongement.

Résumé du livre

Dans cet essai d'économie, Thomas Piketty présente un panorama des discours et des idéologies qui explique et justifie les inégalités dans nos sociétés de l'Ancien Régime à nos jours. Ce livre s'articule en quatre parties :

  1. Les régimes inégalitaires dans l'histoire
  2. Les sociétés esclavagistes et coloniales
  3. La grande transformation du XXe siècle
  4. Repenser les dimensions du conflit politique

L'idée structurante de cet ouvrage est que les inégalités n'ont pas pour racine l'économie, elles sont avant tout un choix idéologique et politique. Les idéologies, gravitant autour des notions de richesse et de propriété, ont façonné nos sociétés modernes, nos institutions et l'histoire. Ainsi, derrière chaque modèle de sociétés existe une idéologie particulière sur la propriété et plus largement sur la richesse et sa repartition.

En particulier, la remontée des inégalités dans la majorité des pays du monde depuis les années 90 s'explique principalement par un changement idéologique important, résultant d'un évènement historique: la fin du modèle communiste de l'URSS qui a remis en question l'idéologie de la propriété commune. Le résultat le plus significatif pour l'auteur est l'exemple de la Russie qui, en une dizaine d'années, est passée d'une forme d'hypercentralisation étatique à l'adoption d'un hypercapitalisme, lui offrant l'un des plus haut niveaux d'inégalité au monde.

Selon l'auteur, l'expérience communiste soviétique et la Guerre Froide ont également laissé de nombreuses séquelles idéologiques : un sentiment de désillusion à la possibilité d'un dépassement du capitalisme. Cette idéologie a contribuée à une certaine forme de conservatisme économique en ce début de XXIe siècle et au développement de l'idéologie néopropriétariste.

Or, le dépassement du capitalisme est toujours possible pour Thomas Piketty, et il peut passer par le "socialisme participatif". Un nouveau modèle de socialisme adapté au XXIe siècle et reposant sur un nouveau système de propriété (une propriété sociale et temporaire, permettant une plus grande circulation du capital), une démocratie plus participative et égalitaire, ainsi qu'une justice transnationale adaptée à la mondialisation.


Commentaire de nos éditeurs:

Encore une fois, Thomas Piketty nous offre un ouvrage volumineux, généreux et précis dans son analyse. Il apporte de nouvelles réflexions sur la question des inégalités, explorée préalablement dans "le Capital au XXIe siècle" (2013), sous le prisme de l'idéologie. Dans cette logique, l'idéologie est au centre de sa réflexion : elle est structurante, et définie les différents choix politiques, nos sociétés et notre histoire.

La thèse de Piketty dans cet ouvrage souligne l'importance de prendre en considération les évolutions idéologiques pour effectuer une analyse approfondie de nos sociétés et comprendre les différents phénomènes comme les inégalités. En particulier, les inégalités sont justifiées pour préserver l'idéologie dominante et ses concepts sous-jacents. L'auteur plaide en faveur d'un dépassement du capitalisme actuel au travers d'un nouveau modèle de développement durable et équitable basé sur la justice fiscale, sociale et climatique. Ce modèle prend le nom de "socialisme participatif" du XXIe siècle.

Thomas Piketty nous livre une grille de lecture intéressante sur les inégalités au travers d'une analyse historique des "systèmes de justification et de structuration de l’inégalité sociale", perpétuant ainsi la tradition marxiste.

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